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Juin

La chaleur du soleil tombe verticalement sur la terre. La vigne fleurit et toute la nature prend les couleurs de l'été. C'est le mois des effeuilles. Si le vigneron ne matait pas cette végétation exubérante, il serait vite pris dans un vaste fouillis qu'il ne pourrait plus maîtriser. La vigne peut pousser jusqu'à cinq centimètres par jour. Il s'agit donc, dès qu'elle atteint une longueur suffisante, d'enlever les "rebiots", entre-curs, dans la zone des grappes, afin que celles-ci soient bien aérées. Ensuite, nous attachons les grandes pousses aux échalas avec des joncs ou des anneaux de fer. Les vignes, dirigées sur fil de fer, sont palissées. Ainsi, toute cette végétation est fixée et bien exposée au soleil. Si nous accordons tellement d'attention à ce feuillage, c'est qu'il a un rôle de première importance à remplir. Une feuille sert à la plante de laboratoire où se préparent les aliments nécessaires à la nourriture de tous les organes. Elle élabore tous les produits du grain du raisin: sucre, acide, matière colorante, etc. Pour qu'elle puisse synthétiser toutes ces substances organiques, elle doit recevoir le maximum possible de lumière et resplendir de santé. Pour accomplir cet ouvrage, nous engageons des femmes qu'on appelle "effeuilleuses". Elles viennent actuellement pour la plupart du val d'Aoste. Ce sont de braves dames, pleines de gaieté et de courage, qui ont l'habitude des travaux de plein air. Généralement, en deux semaines, elles accomplissent cette tâche éprouvante. Nous allons à la vigne par tous les temps et il faut vraiment de l'endurance pour supporter des journées de 12 à 13 heures sous un soleil de plomb, sans un souffle d'air dans les après-midi, ou sous une pluie battante et plutôt fraîche. Mais elles préfèrent ce rythme très dur, qui leur permet de gagner un peu plus en moins de temps. En juin, il faut aussi être attentif et sur ses gardes pour les traitements, car les conditions (humidité et chaleur) sont souvent réunies pour favoriser le développement des maladies cryptogamiques. Et, comme la vigne pousse et grandit rapidement à cette période, il y a toujours de nouvelles feuilles qui n'ont pas encore reçu de fongicide ou de soufre pour les protéger du mildiou et de l'oidium. Cependant, aujourd'hui, les produits et les moyens de traitement, toujours plus perfectionnés, permettent de maîtriser beaucoup mieux qu'autrefois ces attaques de maladies. La dernière nouveauté dans les appareils pour l'application d'un traitement est sans aucun doute l'hélicoptère. A nous couper le souffle. C'est impressionnant de le voir évoluer à si basse altitude, en rase-mottes et suivre la configuration du terrain en évitant les arbres et les fils électriques. Il traite en un jour jusqu'à cent hectares de vignes en terrasses, alors qu'un vigneron, accompagné d'un homme pour le ravitailler, traite avec un atomiseur à dos deux hectares au maximum. Devant des démonstrations aussi évidentes, le vigneron ne peut être que satisfait. Et pourtant, il pense que ces traitements généralisés, depuis le ciel, l'éloignent de l'unité, et il sait qu'une vigne, un cep, une feuille, une grappe a besoin de lui, "le vigneron", pour être observée, cultivée, corrigée, soignée individuellement. Le moment le plus troublant du mois de juin est sans doute la floraison de la vigne. Lorsqu'on observe le processus de la fécondation du raisin, on ne peut s'empêcher de penser qu'il n'y a finalement pas grande différence entre la vigne et les humains. La vigne doit être en bonne santé. Le rapport humidité/chaleur favorablement équilibré. Un parfum discret, presque excitant, plane dans l'air tranquille. Le pistil, sucré et odorant, attend patiemment le pollen, dispersé à tous vents, des étamines. Le merveilleux processus de la fécondation peut s'accomplir. L'amour est partout pour que le fruit se forme et que la vie continue.

 

 

 

 

 
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