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Novembre

La nature nous offre un incomparable festival de couleurs. Les teintes se mélangent s'unissent et se confondent. Le vert de l'été jaunit, le jaune devient rouge et le rouge se rouille. Tout le paysage se transforme en un immense bouquet, comme en un dernier élan avant le repos de l'hiver. Après le tumulte des vendanges, pour le vigneron, novembre c'est une nouvelle année qui commence.
A l'aide d'une brouette à moteur, ou d'une hotte dans les endroits escarpés, il remonte la terre et comble les ravines que les pluies de l'été ont creusées. C'est un travail éreintant. Heureusement, les journées sont courtes, car la nuit tombe de bonne heure. L'avantage de ce va et vient vertical entre deux murs de vigne est que cela permet d'inspecter presque chaque cep et de découvrir par ci par là quelques grappillons oubliés. Ainsi, le vigneron a le privilège de prolonger sa cure de raisin jusque dans l'arrière-automne. Il doit aussi préparer les minages, c'est-à-dire défoncer la vieille vigne jusqu'à 60-70 cm. de profondeur, réparer les murs, afin que tout soit prêt pour le printemps. Si c'est une parcelle composée de terre compacte, il est préférable de la défoncer avant l'hiver, ainsi le gel pourra mieux pénétrer dans le sol pour l'ameublir. Le rythme des travaux automnaux est plus lent. Nous ne sommes plus pressés par la végétation; la récolte est rentrée; nous avons le temps de réfléchir, compter, imaginer. Tout en travaillant, je fais des projets pour l'avenir. Si tout va bien, selon les litres de moût encavés, je pourrai entretenir ceci, reconstruire cela ou encore parfaire mon équipement viti-vinicole. Il faut dire que l'évolution technique est si rapide que j'ai de la peine à suivre. Un exemple: mon fils a installé en septembre, dans une vigne, un panneau solaire d'environ 30 sur 50 cm pour actionner un appareil qui chasse les oiseaux en émettant des cris stridents de détresse. Je n'y croyais pas et pourtant ça fonctionne. Parfois, je me demande aussi pourquoi les hommes n'arrivent pas à mieux s'entendre sur cette terre. Devant l'ampleur de ce sujet, je tourne en rond, impuissant et incapable de trouver des solutions valables. Alors je me réfugie dans le rêve. Et là, comme dans un conte de fées, je suis au milieu de mes vignes qui chantent et dansent de joie. Les ceps, les uns après les autres, défilent devant moi et me disent: prends mon vin, offre-le aux grands de ce monde pour qu'ils lèvent leurs verres à la santé de leurs voisins. La nuit descend, ce n'est qu'un rêve, hélas ! Chez le vigneron, la maîtresse de maison doit être également très bien équipée, car elle a d'énormes responsabilités. C'est elle qui cuisine, qui lave, qui court dans les magasins, qui tient la caisse, qui répond au téléphone et c'est elle encore qui sait où se trouvent rangés les effets personnels de chacun. Elle mérite une attention toute particulière, car une femme de vigneron fait partie à part entière de l'entreprise et c'est elle qui assure la bonne ambiance et la survie du milieu familial. Dans les caves, réchauffées par la fermentation, c'est la naissance du vin nouveau. Une odeur particulière plane dans toute la maison et même dans les rues du village. Cette importante transformation du jus de raisin en vin dégage une quantité considérable de gaz carbonique. Ce dernier est dangereux, il nous coupe la respiration et peut même entraîner la mort par asphyxie si l'on ne prend pas les précautions nécessaires. Avant d'entrer dans une cave pleine de vin en fermentation, il faut prendre soin de l'aérer en ouvrant portes et soupiraux, puis d'actionner le ventilateur. Ou alors prendre une bougie allumée; tant qu'elle brûle il n'y a pas de danger, par contre si elle s'éteint il faut se hâter de sortir. A la dégustation, ce vin nouveau, bourru, se présente en pétillant; il est trouble et picote sur la langue, car il lui reste encore des traces de sucre en suspens. C'est un peu tôt pour se prononcer sur son avenir, il vaut mieux attendre qu'il ait accompli sa deuxième fermentation. Toutefois, il est prudent de le surveiller et de le déguster chaque jour, car en ce moment il est encore dans une phase fragile et délicate. Il faut l'entourer de soins, être prévenant, un peu comme une maman avec son nouveau-né.

 

 

 
© 1998-2002 Dubois Fils