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Octobre Les nuits fraîchissent et s'allongent. Les brumes
matinales persistent. Seuls, les après-midi ensoleillés illuminent
encore la nature entière qui se pare des plus belles couleurs de
l'automne. Le cycle végétatif est accompli, le fruit est
mûr, il faut le cueillir. Dans la plupart des communes viticoles
du canton de Vaud, les vignerons ne peuvent pas vendanger quand ils veulent.
Ils doivent attendre la levée des bans, c'est-à-dire l'autorisation
communale. Actuellement, avec les pressoirs automatiques et les
appareils électriques, tout se passe beaucoup plus rapidement qu'autrefois
et avec moins d'effort. Mais alors, il faut vraiment être à son
affaire, la moindre petite erreur peut avoir de graves conséquences.
Par exemple, une pompe normale pousse 200 litres de vin à la minute,
alors, si les tuyaux sont mal vissés ou pas à la bonne place
il y a vite de grosses pertes. L'équipe de vendangeurs est formée
de quelques habitués habitant la région. Pour eux, c'est
un changement et un contact avec la nature dans une joyeuse ambiance. D'autres
arrivent du Val d'Aoste, de l'Oberland bernois, de l'Emmenthal et même
de plus loin encore. Quelques fois, j'engage pour compléter l'équipe
des globe-trotters qui passent par là avec leur gros sac sur le
dos et qui parlent anglais. Ce n'est pas toujours facile de se faire comprendre,
lorsque cinq ou six langages résonnent dans le paysage. Heureusement,
il y a des gestes internationaux qui remplacent les mots. Par exemple,
vous inclinez légèrement la tête en arrière,
vous levez le bras, la main à la hauteur de votre bouche entrouverte.
Jusqu'à maintenant, je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui
ne comprenait pas ce geste. Le premier jour, nous répétons
les règles de base du parfait vendangeur. La caissette en plastic
est placée près de la souche. Il faut la remplir sans tasser
les raisins. Ils doivent savoir différencier ce qui est bon de ce
qui ne l'est pas. Si nécessaire, sentir une grappe et, si elle a
une odeur de moisi, de vinaigre ou de pourri, il faut la jeter. Ils doivent
savoir prendre délicatement une grappe sans écraser les grains.
Plus difficile encore, libérer une grappe prise dans un fil de fer
ou un sarment sans l'égrener. Si par malheur une grappe tombe par
terre, les grains roulent de tous côtés. Il faut les ramasser.
C'est vraiment dur, surtout lorsque les mains sont encore engourdies au
petit matin. Au pressoir, les raisins son au terme de leur voyage, c'est
la séparation. Un dernier regard sur cette vendange dorée,
puis, le broyeur, le pressoir et les pompes tirent le jus dans les tonneaux,
alors que les marcs retourneront à la vigne après distillation
et compostage. Un contrôleur officiel relève les quantités
et la provenance des récoltes. Il mesure aussi la teneur en sucre
du moût. Ce contrôle permet de déclasser les jus de
raisin qui n'auraient pas atteint la qualité nécessaire pour
devenir un vin d'appellation. Il sera obligatoirement vendu comme vin blanc
ou vin rouge, sans autre indication. Cette formule a l'avantage de mettre
en garde les producteurs qui auraient oublié que la quantité s'accorde
mal avec la qualité. Les vendangeurs et vendangeuses sont retournés
chez eux.
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