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Septembre Déjà les légères brumes de
l'automne apparaissent. Le soleil vaporeux disperse une lumière
filtrée, qui est favorable à l'évolution de la végétation.
Les raisins blancs prennent une teinte plus claire et plus transparente,
les raisins rouges se colorent finement. Septembre est un mois de maturation.
A la vigne, les gros travaux sont terminés. Et, si nous avons meilleur
temps aujourd'hui qu'autrefois, nous le devons aux herbicides. En effet,
ces produits qui empêchent l'herbe de pousser ont diminué appréciablement
les journées d'un travail accaparant et fatigant, spécialement
dans les vignes en terrasses où la mécanisation reste difficile,
voire impossible. La première fois que nous avons utilisé la
simarine, il y a environ une vingtaine d'années, nous n'y croyions
pas beaucoup. Cela paraissait impossible d'avoir des vignes propres pendant
tout l'été et que la vigne puisse pousser quand même.
Ma mère, un peu inquiète, a murmure: ce doit être un
miracle. Bien sûr, elle qui pendant les effeuilles s'est tant de
fois baissée pour couper la tige d'un liseron grimpeur, qui tant
de fois s'est courbée en deux pour arracher une plante indésirable
et qui tant de fois encore s'est faite piquer par un chardon, une ortie
ou une ronce, avait de la peine à croire qu'elle n'aurait plus jamais à répéter
ces gestes pénibles et ingrats. Mais, si chaque médaille
a son revers, je crois bien que les miracles ont aussi les leurs. L'herbe
et ses racines sont de véritables crampons, ils ont l'avantage de
tenir la terre en place. Si nous supprimons l'herbe, surtout dans les terrains
pentus en laissant le sol complètement nu, nous favorisons l'érosion,
et la terre se laisse facilement emporter par le ruissellement de l'eau.
Si bien qu'au début du désherbage, après chaque orage,
le lac changeait de couleur et devenait jaune-brun. C'était notre
terre de vigne, notre bien-fonds, notre capital qui disparaissait ainsi
petit à petit dans les eaux du Léman. Les vignerons ont vite
compris que si l'herbe était une ennemie, l'érosion était
un fléau qu'il fallait enrayer rapidement. Alors, chacun à sa
manière, par des méthodes diverses, lutte pour sauvegarder
sa terre. Soit par des apports massifs de gadoue, soit par un paillage
printanier ou encore en semant des herbes appropriées, c'est un
paradoxe. Personnellement, j'ai restructuré mes vignes en créant
des petites terrasses qui ressemblent à de grands escaliers. Ainsi,
l'eau ne peut pas prendre de vitesse et pénètre lentement
dans le sol. L'avantage aussi de ce système de culture est d'être
sur un replat pour tous les travaux de la vigne, donc plus à l'aise
et plus pratique que dans la pente où nos chevilles sont mises à rude épreuve.
Septembre est certainement le plus beau mois de l'année pour le
vigneron. Il admire un peu orgueilleusement la récolte qui mûrit
lentement. Il guette aussi la première grappe qui sera mûre,
c'est elle qui lui indiquera le moment de poser les filets de protection
contre les oiseaux. Car eux aussi savent quand le raisin est mûr,
particulièrement les merles qui s'enfilent partout en rase-mottes
et qui piaillent entre les souches quand on les surprend. Notre agent de
police, le moment venu, place vers les passages à pied dans les
vignes un écriteau indiquant: "Sentier interdit jusqu'après
la vendange. Amende Fr. 12.-. La Municipalité". Quant à moi,
j'entasse quelques branches d'épine noire à l'entrée
des vignes qui se trouvent en bordure de route. Comme cela, les promeneurs
sont moins tentés d'entrer dans la vigne pour marauder.
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